La Culture Hors-Sol -idées reçues et potentiel!

La culture hors-sol permet de végétaliser des surfaces minérales et par là-même rafraîchir, isoler, redessiner les paysage urbains,

De nombreuses manifestations d’agriculture urbaine mobilisent des techniques de culture hors sol souffrant au premier abord d’une impopularité farouche due à plusieurs facteurs parmi lesquels les représentations collectives liées à la terre et au monde paysan, l’assimilation systématique de la ville à un environnement pollué et les pratiques associées à la figure de la tomate d’hiver ont une place prédominante.

Paradoxalement, les cultures hors sol fournissent aujourd’hui une part considérable des produits horticoles en circulation dans le commerce international; l’évolution des savoirs concernant la physiologie végétale et la nutrition des végétaux a engagé la révolution du maraîchage contemporain en lui permettant de sortir de terre.

 

Ces techniques sont en majeure partie les instruments d’une logique productiviste inscrite dans un contexte de mondialisation des échanges marchands.

En Espagne, les cultures intensives de tomates subissent aujourd’hui l’opprobre jetée hier sur les serres de tulipes néerlandaises. A l’évidence, comme pour la culture de pleine terre, certains modes d’exercice de la culture hors sol sont soutenables, d’autres non et c’est à cet endroit que nous devons être en mesure de faire la différence.

 

Si la majorité des exploitations maraîchères hors sol existantes est située à l’extérieur des villes, la culture hors sol, envisagée selon des procédés soutenables possède de nombreux atouts potentiellement bénéfiques pour l’environnement urbain.
Elle permet de végétaliser des surfaces minérales et par là-même rafraîchir, isoler, redessiner les paysage urbains, rendre productifs des sols stériles et tracer de nouveaux chemins à la biodiversité urbaine. Elle permet, à surface égale d’obtenir des rendements jusqu’à dix fois supérieurs à ceux d’une culture de pleine terre et peut participer au développement d’une offre alimentaire de proximité, y compris dans des zones de grande densité.

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En réalisant des économies d’eau et d’engrais considérables elle est particulièrement adaptée à la production légumière mais peut aussi produire de l’énergie (micro-algues). Elle permet de valoriser des espaces délaissés et de traiter des sols profondément pollués. Elle se nourrit de déchets disponibles. Enfin son utilisation se place à la portée de tous et permet de stimuler par la pratique individuelle des comportements collectifs nouveaux.

Dans la perspective de l’élaboration de stratégies alimentaires territoriales durables, la culture hors sol envisagée selon des procédés respectueux de l’environnement et faisant usage de techniques adaptées au contexte dans lequel elle s’inscrit peut devenir un partenaire de choix pour l’agriculture de plein champ et pour le projet de sol.

 

Parallèlement au puissant élan de relocalisation de la production alimentaire, la situation de l’agriculture et du maraîchage reste préoccupante. De nombreuses exploitations ferment ou se reconvertissent, dans le même temps les méthodes agricoles s’intensifient et les rendements plafonnent. L’étalement urbain et les procédés d’agriculture intensive ont eu une influence conséquente sur la qualité des sols et ont profondément modifié les écosystèmes naturels. Aussi, à la différence des mutations rapides observées au cours de la seconde moitié du siècle dernier, le devenir agricole des espaces métropolisés s’inscrit aujourd’hui dans un cycle long.

 

EVENEMENT-CASEMATE5Afin d’établir les conditions d’une agriculture productive et qualitative, ce sont à la fois les méthodes, les lieux de la production et par voie de conséquence le système économique et politique qui les sous-tendent qui doivent être reconfigurés. Il ne s’agit donc pas de faire un choix entre agriculture urbaine ou périurbaine, ni entre les cultures hors sol ou de pleine terre mais bien d’identifier quels modes de production, d’échange et de consommation sont désirables et de considérer la conjugaison des techniques et des matières paysagères comme un impératif permettant d’élaborer une stratégie alimentaire adaptée et adaptable à la grande variété des morphologies territoriales.

 

En donnant au projet de sol l’espace et le temps nécessaire à sa reformulation, en réintroduisant de manière sensible l’alimentation et le végétal dans le paysage urbain, le développement d’espaces de cultures maraîchères hors sol au cœur des métropoles devient un levier d’action considérable permettant à la fois de dessiner les conditions du renouvellement d’une offre alimentaire de proximité et d’engager la construction de la ville fertile à partir des traits caractéristiques de l’urbanité contemporaine.

 

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